vendredi 10 février 2017

Il y a ces gens...

Il y a des inconnus regardés de travers parce qu'ils ont traversé la mer pour ne pas mourir de leur côté. Il y a des étrangers regardés en biais, pas attendus, pas accueillis, pas bien traités ici, parce qu'ils ont préféré tout quitter au péril de leur vie, plutôt qu'être tués dans leur pays.
Quand certains se demandent s'ils préfèrent s'acheter la petite veste Gnignin ou la caisse Grumf toutes options garanties, voilà vaguement ce qui se passe pour ces naufragés débarqués par ici sans avoir vraiment choisi. Préférer. C'est fou comme un même mot n'incarne pas les mêmes enjeux d'un monde à l'autre. Du superflu à l'essentiel, le curseur ne devrait pourtant jamais avoir à choisir ni faire le grand écart.
Il y a ces gens, ces personnes, ces familles qui n'ont pas eu d'autres choix que celui de se retrouver là. Et là, de ce qui sont installés bien confortablement et qui ne réfléchissent même pas à comment ils vont remplir le frigo, ils entendent dire non, dehors, demi-tour, vous volez nos ressources, y a rien pour vous chez nous retournez d'où vous venez. Il y a ces gens-là chez qui la pensée pingre, reclus, égoïste, ethnocentrée est enracinée. Le barbare de Montaigne est devenu autochtone. Il pose une main sur le cœur quand il chante l'hymne mais que faire d'une main sur  le cœur quand le cœur est de pierre ? Et de là, les pierres se mettent à rouler, déboulent, puis se dressent sous les ponts des portes de la Chapelle. Elles compressent les cœurs, nouent les gorgent, écrasent l'entendement, et fondent prisons et cloisons dans le but d'éparpiller comme des petits graviers tous ces déracinés, sans jamais considérer qu'ils sont des gens, au fait, eux aussi. Ils sont des gens !
Il y a d'autres gens pour qui gravir ces rochers d'égoïsme posés par d'autres, ces cailloux de la honte, ces montagnes de déshumanitude ne fait pas peur. Il y a d'autres gens qui n'ont pas la main sur le cœur car elle déjà bien occupée à la tendre, à en prendre une autre, à gravir, à graver, à buriner, à dessiner, à caresser, à cuisiner. à donner. Il y a d'autres gens qui vont atteindre les sommets, les relier pour dessiner, élaborer, construire un plateau d'accueil, et offrir cette pensée qui partage et vise le nivellement par le haut. Il y a d'autres gens pour qui le partage des richesses a du sens et le sens premier c'est partage, même s'il n'y a pas de richesse inouïe. Car la richesse, somme toute, somme de tous, est relative. Il y a ces gens qui considèrent ceux qui viennent d'arriver comme des gens, voilà, c'est tout. Tout simplement. Enfin, il y a ces gens là qui aimeraient que ce soit fait ainsi, tout simplement, aussi simplement que c'est écrit. Il y a chez ces gens là, le sens ordinaire de l'humanité.


Et si pour vous c'est simple ainsi, vous pouvez retrouver notamment les actions de l'association Encrages, à Paris et presque partout en France Avec notamment, mais pas seulement, les ventes d'illustrations qu'elle organise dans certaines grandes villes de France au profit des réfugiés. 
La toute prochaine se tiendra à Rennes le 12 mars, à l'hôtel Pasteur de 14h00 à 20h00, journée festive, animations familiales, ateliers, fresque participative, lectures, concerts, coloriages, miam et sourires, forcément avec de très très grands noms de l'illustration jeunesse, et un tas d'autres gens qui ne savent pas dessiner, mais c'est pas grave !
Pour suivre la page Facebook Encrages c'est , celui de la vente de Rennes c'est ici et pour suivre l'association sur twitter c'est comme ça @encrages1

Je ne vous laisse pas sans lire, forcément,  en tout tout premier lieu Eux c'est nous dont je vous parlais ici mais aussi Quand je dessine je peux dépasser parce que c'est évident que c'est lié. J'en parlais .








Et pour aborder le thème avec les plus petits, je vous propose deux albums.
La grande inconnue de Pog et Maurèen Poignonec. Où commence la forêt, où s'arrête le jardin, ni les animaux, ni l'enfant qui habite à la lisière d'une forêt ne le savent vraiment. Et ce n'est pas grave d'ailleurs. Sauf qu'un jour le papa met une clôture pour protéger sa famille. "C'est ce qu'ils ont dit qu'il fallait faire à la télé". Mais ça n'a pas empêché la grande inconnue d'arriver. Et elle est restée. Au début en tout cas. Une tasse de thé avec l'enfant tout d'abord, et puis la honte, la honte d'être vue avec cette inconnue. La voilà chassée, radiée, expulsée. Mais quel vide pour l'enfant. La grande inconnue est-elle partie définitivement ? Dans cet album aux tons coloriages et chaleureux, au trait doux et subtilement naïf, il est question de frontières, de barbelés, d'étrangers. Il est question de différence, de singulier et d'amitié aussi. Simplement, tranquillement, chaleureusement optimiste.

Tout d'un loup de Géraldine Elschner et Antoine Guilloppé. Dans cet univers tout en noir et tout en blanc, il y a un grillage serré. Derrière ce grillage serré, un animal aux yeux vifs, au poil hirsute, aux oreilles pointues. Très pointues, comme ses dents, ses crocs, qu'il montre aux gens. A ces gens qui s'arrêtent à ce qu'ils voient : un loup. Il a "Tout d'un loup!". Personne ne l'approche, forcément. "Sa place n'est pas chez nous". Et le loup se retrouve en chenil, prison, collier, chaîne, numéro, solitude, chagrin, personne ne s'arrête devant sa cage. D'autres que lui sont adoptés. Et un jour, un homme s'est arrêté, il "a tendu la main entre les barreaux et m'a caressé le dos". L'espoir et un autre regard porté sur l'animal. La considération, l'amitié, le respect et la liberté. Une chance qui permet au sujet de devenir ce qu'il est vraiment. Un album fort aux illustrations fortes pour poser la question de l'apparence, des points de vue et de l'essence même des êtres. Intelligent.

*** Les références ***

La grande inconnue de Pog et Maurèen Poignonec - Editions Maison Eliza - automne 2016 - 13,90 € - à partir de 4 ans

Tout d'un loup de Géraldine Elschner et Antoine Guilloppé - Editions L'élan vert -  septembre 2016 - 12,70 € - à partir de 4 ans

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