vendredi 11 avril 2014

Une lettre, plusieurs même peut-être...

C'est un roman ado, le premier livre présenté dans cet article qui m'a donné envie de faire une chronique thématique autour des lettres. Je ne dis pas épistolaire car tous les livres présentés ne sont forcément pas de ce genre. Dire avec et autour sera donc plus juste, cachet de la poste ou pigeon voyageur faisant foi, bonne et mauvaise, parfois, drôle, amoureuse, menteuse, usurpatrice, bienveillante, inquiétante, révélatrice, narratrice, correspondante, savoureuse, provençale, la lettre est tout cela à la fois dans sélection. 

Les princes charmants n'existent pas de Maïa Brami. Les princes charmants n'existent pas. Pas en vrai en tout cas, c'est ce que pense Nora, lycéenne, qui bien que jolie jeune fille n'aime pas trop son apparence qu'elle cache sous de larges pulls informes, comme sa cervelle : "je suis plutôt bonne en classe et ça, pour être populaire, c'est pas terrible". Dans un monde où il n'y a que l'apparence qui compte, elle rêve " à celui qui saura lire en moi, qui saura m'aimer, telle que je suis... on peut toujours rêver !". Julie, sa meilleure amie, elle ne rêve pas. Elle vit une idylle avec le beau Sam de l'équipe de volley. Cela ne risque pas d'arriver à Nora qui prend la poudre d'escampette dès qu'un garçon arrive dans son sillage. Alors qu'en voulant faire fuir les pigeons sur le balcon de l'appartement dans lequel sa famille vit, elle tombe sur une lettre de rupture qui ne lui est, bien entendu, pas destinée, c'est le début d'une drôle d'aventure. Une aventure épistolaire, forcement, il n'y a que comme cela que Nora pense plaire. Et puis il n'y a pas à dire la correspondance laisse une marge confortable entre la fiction et la réalité pour Nora qui se complaît à brosser le portrait d'un idéal et qui ne veut pas que son rêve percute ce qu'est le jeune homme en réalité, par peur d'un trop grand écart. Les courriers pour échanger, partager, mieux se connaître, ça ne déplaît pas, dans un premier temps, à Rodrigue. Rodrigue, le prénom est bien choisi pour un Roméo fleur bleue (et épistolaire) de balcon. Entre vouvoiements, pour faire chevaleresque, aventure et respect, rendez-vous maqués (fuis par Nora qui va avoir du mal à se confronter au jeune homme dans la réalité), et quelques rebondissements, le roman file facilement, sa narration rythmée par les lettres des adolescents fait conte de fée revisité. Ode rose.
La cabane d'Isabel de Sarah Stewart et David Small. Une file de voitures à la frontière Etats-unis/ Mexique. Celle dans laquelle est installée Isabel, avec ses parents et son frère, la passe pour les Etats-Unis. Un voyage sans retour, un changement total de vie, Isabel le raconte à sa tante Lupita restée au pays par lettres qu'elle s'efforce d'écrire en anglais. Un peu solitaire, surtout étrangère, Isabel se raccroche à cette personne qui lui est si chère et dont elle a dû s'éloigner. Elle reste sa confidente et lui raconte qu'elle aime aussi récupérer les cartons, pour se faire des abris dans lesquels elle se sent protégée et en sécurité, dans lesquels elle peut dévorer ses livres et écrire. Neige, rentrée à l'école, nouvel environnement, nouvelles personnes, les larmes coulent parfois sur les lettres de la petite fille qui vit un grand bouleversement et évolue entre deux cultures, dont une qu'elle apprivoise petit à petit. Au fur et à mesure des lettres et du temps qui passe, on sent son sourire revenir, jusqu'à ce qu'elle fête elle-même son anniversaire, une fête qui rimera avec partages et échanges entre les enfants et leurs familles du quartier. Cet album est en lice cette année pour le Prix des Incorruptibles dans la sélection CM2/6e peut être découvert un peu plus tôt, à partir de 8 ans
Lettres à plumes et à poils de Philippe Lechermeier et Delphine Perret. Mais quelle petite merveille ! Ce petit livre là m'a été offert par Kik lors du swap d'A l'Ombre du Grand Arbre à Noël dernier. Une couverture jaune facteur et des lettres, des lettres et des lettres entre animaux qu'on n'imaginerait pas vraiment amis. Comme ce renard qui roucoule devant la mère d'une poulette bien ronde et bien dodue qu'il se mettrait bien sous les crocs en faisant croire qu'elle est sa dulcinée. Comme cette fourmi, un matricule, vulgaire petit matricule, le 2525, qui en a ras les antennes de la routine et des galeries et qui décide de l'écrire à sa reine. Pas pour faire pleurer dans les fourmilières, juste pour mettre un peu de phéromones dans sa vie, à moins que ce ne soit la mer qu'elle rencontre, et une cigale, pourquoi pas ? Comme un escargot timide qui a tendance à rester dans sa coquille et qui se lance dans des lettres amoureuses qu'il destine à une limace qui a posé nu dans un magazine et qui serait bien du genre à berner le gastéropode. Et quelques autres séries encore qui mettent en scène d'autres échanges, d'autres personnages, d'autres bestiaires vaudevilles et épistolaires. Plein d'images, de jeux de mots, d'expressions détournées, contournées, apprivoisées, le texte est dynamique, drôle, épique et bien rythmé et complètement subjectif. L'auteur ne nous donne d'ailleurs à lire les lettres d'un seul des deux protagonistes pour chaque série d'échanges. Au lecteur de faire le lien comme il le comprend entre deux lettres du même auteur. Delphine Perret ponctue le texte d'illustrations aux traits fins et légers pour faire écho à un texte qui l'est tout autant. *** coup de cœur ***
Cher Bill d'Alexandra Pichard met en scène deux correspondants venus de deux classes différentes et de deux univers qui le sont encore plus. L'un vit sur la terre ferme, c'est Oscar la fourmi, l'autre au fond de l'océan, c'est Bill, une jeune pieuvre myope et hypermétrope qui voudrait bien quand même que la fourmi à l'écriture de mouche écrive un brin plus gros. Tous les deux s'échangent donc courriers, confidences, cadeaux, photos, petits mots sympas, des banalités qui font toute l'originalité d'ailleurs de leurs courriers qui sonnent vrai. Une fourmi et une pieuvre correspondants scolaires, mais quelle idée. Quelle bonne idée ! Et en plus de l'écrire, Alexandra Pichard l'illustre. C'est aussi bon que des beignets de plancton, qu'un tube de crème solaire rempli, des moufles pour toutes les tentacules, des balles de ping-pong phosphorescentes (c'est mieux au fond de l'océan), des chaussettes en laine d'otarie...j'aime beaucoup son style, ses traits, ses personnages. Ils sont aussi savoureux qu'attachants, et le livre est beau, sobre, classe. A découvrir pour les cursives et les échanges scolaires épistolaires dès le CP, un petit peu avant, c'est possible aussi, avec l'aide d'un adulte bien entendu. *** Coup de cœur***  

Les lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, illustré par Danièle Bour. Faut-il à nouveau parler des Lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet ? Ancré dans notre petite enfance, dans notre enfance ou dans nos années collège, écoutées, lues, relues encore et encore, parfois plus tardivement également, non, nous les connaissons, toutes ou presque : La chèvre de Monsieur Seguin, Le secret de maître Cornille, La mile du pape... Un air de mistral, des herbes et des odeurs de Provence, qu'il est délicieux de retrouver dans cette nouvelle édition qui présente une sélection de 10 lettres cadencées par les illustrations de Danièle Bour éditées dans un grand album, collection beau livre, chez Grasset Jeunesse. Une très belle édition qui valorise un texte classique aux accents chantant culture et tradition. 

*** Les références ***


* Les princes charmants n'existent pas de Maïa Bramiéditions Nathan, avril 2014 - 14,90 € -  à partir de 13 ans
La cabane d'Isabel de Sarah Stewart et David Small, éditions Syros2012 - 15€ -  à partir de 8 ans
Lettres à plumes et à poils de Philippe Lechermeier et Delphine Perret, éditions Thierry Magnier - avril 2011, 10€ -  à partir de 8 ans
Cher Bill d'Alexandra Pichard, éditions Gallimard Jeunesse Giboulées, février 2014 - 14,50€ -  à partir de 5 ans
Les lettres de mon moulin d'Alphonse Daudet, illustré par Danièle Bour, éditions Grasset Jeunessemars 2014 - 21,50€ -  à partir de 12 ans

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