lundi 14 avril 2014

A la vanille pour les petites filles, au chocolat pour les petits gars ?

heu.... Non ! 
... A la vanille pour qui aime à la vanille
... Au chocolat pour qui aime le chocolat, voilà !
Moi j'aime parfum citron ou encore framboise, myrtille, et tant pis si ça rime pas. 
Quelle entrée en matière pour cette chronique croisée avec La Mare aux mots, comme si on allait parler des goûts et des couleurs. Non, pas tout à fait, nous allons parler garçons, filles, égalité, anti-sexisme, nous allons braver les clichés en vous présentant une sélection coton de livres pour enfants qui ont envie qu'on leur donne la main ou juste un coup de pouce pour laisser voguer leurs envies. 
Une chronique croisée qui parle des petites filles et des petits gars qui ont la liberté d'aimer vanille ou chocolat. Citron, framboise, rhubarbe, caramel, même, glaces glacées ou sorbets trop sucrés, yaourt, crème, ou rien du tout si comme grenouille on préfère nature (le yaourt) ou saucisson au concombre pour le goûter. Qui a dit qu'il fallait rester dans le rang des clichés, des chaussures qui courent vite pour les garçons qui aiment les jeux de cow-boys, la bagarre et les super héros. Qui a dit qu'il fallait que les filles portent des robes à froufrou, aient des cheveux longs et des nœuds roses, qu'elles ne fassent pas d'escalade et pleurent à chaque hic. Qui a dit qu'à la crèche les chaussons des garçons étaient sur les étagères bleues, et les chaussons des filles sur les roses ? Qui a dit que le pot aux roses ne pouvaient être découvert que par des garçons, incapables de faire plusieurs choses à la fois et que le sac de billes ne pouvaient pas rimer avec filles, parce que le calot, faut du culot et des muscles pour le gagner. Qui a dit que... les filles n'avaient ni culot ni muscles et les garçons pas envie de jouer à l'école, à la marelle, à la poupée et de porter des chaussons roses ? Je ne sais pas. Mais c'est pas ici que vous avez pu lire ça. Foi de maman d'une petite fille et d'un p'tit gars, élevés en mode jumeaux même s'ils ne le sont pas, même pas pour faux. Une qui aime le chocolat et pas du tout du tout la vanille, mais le miel oui, le miel. Un qui aime la vanille, le chocolat mais pas le miel, non pas le miel, la pistache par contre... Est-ce qu'il y a des règles qui édictent qu'un garçon est bleu, dur à cuire, ne pleure jamais et court vite ? Est-ce qu'il y a des règles pour dire que la fille est rose bonbon, joue à la poupée, est nulle au foot et ne peut pas avoir les genoux de ses pantalons troués ? Non. Par contre il y a chez Talents Hauts une, que dis-je, deux nouvelles parutions, La déclaration des droits des filles et La déclaration des droits des garçons, écrits par Elisabeth Brami et illustrés par Estelle Billon-Spagnol qui sont les titres qui ont motivé notre chronique croisée et qui l'ouvre ici d'ailleurs. Et les deux sont à lire, ça va sans dire, par les filles et par les garçons. Des droits ! Qu'on soit garçon, qu'on soit fille, égalité des droits ! Yeah. A égalité le droit d'être débraillés, ébouriffés, écorchés, agités... C'est avec des E en plus pour s'accorder à filles, que ces adjectifs font partie du tout premier article de La déclaration des droits des filles. Couverture orange. Nan mais. Côté vert, couleur du versant droits des garçons, c'est pas sévère : le droit de pleurer, le droit de se faire dorloter, c'est aussi à égalité avec les filles. Tout comme le droit d'être propre, parfumé, élégant, coquet, calme et sage comme une image, tout comme celui de grimper aux arbres, de construire des cabanes, d'escalader des barrières que l'on soit que l'on soit fille ou garçon. D'articles en articles, Elisabeth Brami démonte les idées reçues, les renverse et les étale par terre. Des couleurs, aux métiers en passant par les tenues vestimentaires qui ne sont pas chasse gardée de l'un ou l'autre des deux genres. Et ce n'est pas pour cela d'ailleurs qu'on serait un "garçon manqué" ou une"femmelette". Illustré par la pétillante Estelle Billon-Spagnol sur une tendance comics qui donne vie directement aux aux différents articles, les deux livres sont de vrais petits traités anti-sexistes, énergiques sans être militants, à la fois drôles et fermes, forts et fort bien menés par un duo auteure / illustratrice qui co-signent une déclaration d'égalité entre les sexes avec des exemples tirés de la vie quotidienne et des préoccupations des enfants, à savoir concrets, parlants et bien loin d'être abracadabrantesques. A mettre entre toutes les petites mains dès... Dès le plus vite possible et à prendre comme des jumeaux. Par deux, c'est mieux. D'ailleurs une réédition en intégrale pourrait être une idée à creuser. *** coup de cœur***

Les poupées c'est pour les filles de Ludovic Flamant et Jean-Luc Englebert. Quand la tante "bizarre" offre une poupée home-made en chiffon au petit frère de la famille à l'occasion de son anniversaire, qu'il s'y attache, joue avec et lui donne un prénom, le papa ne le prend pas bien du tout. D'ailleurs il lui propose très vite d'aller acheter un "super jouet" dans un magasin, "un vrai jouet de garçon". Aïe, bing, poua. C'est bien connu la poupée pour un garçon ça entache la virilité à venir de l'enfant, ou bien par procuration du parent. Peu importe, ni une ni deux, le papa colle à son rejeton une caisse à outils, une vraie, dans les mains. Et puisqu'il n'a pas le temps de jouer avec lui, que l'enfant fait des bêtises, il n'hésite pas à dire à la maman qu'elle peut aussi s'y coller, elle au bricolage. " Pourquoi ce serait forcément un truc de mecs ?". Pourquoi pas, hein, quand ça arrange. Elle en fait faire des vague, cette poupée. Alors les deux enfants se réfugient dans l'atelier, boîte à outils sous le bras. Et devinez, devinez ce qu'ils vont fabriquer ? Vous ne le saurez qu'en lisant cette histoire dans un album bien mené à découvrir dès 4 ans.
La chronique de La Mare aux Mots Ici

Boucle d'Ours de Stéphane Servant et Laetitia Le Saux. "Ce soir, c'est le grand carnaval de la forêt". Tout le monde prépare son déguisement. Dans la famille ours chacun a une idée bien arrêtée du personnage qu'il va jouer. Papa fera le grand méchant loup, maman la Belle au bois dormant. "Et toi petit ours ?" " Moi, ze me déguise en Boucle d'ours!". Choc paternel dans la tanière, "qui que quoi ? (...) Avec une jupe rose et des couettes blondes ? ". Le papa monte en émotions et lui propose tout un tas d'idées qui semblent fantastiques :  chevalier courageux, ogre féroce... Rien n'y fait pour petit ours, il veut être déguisé en Boucle d'ours et Boucle d'ours il sera. D'ailleurs avec tambours et trompettes, ou plutôt mégaphone et Chaperon Loup, l'histoire va virer bouclettes et frisettes, mais je ne vous dis pas comment. Stéphane Servant revisite les contes avec une touche anti-cliché, beaucoup d'humour et de bonne humeur, il est suivi dans cette aventure par Laetitia Le Saut qui s'en donne à cœur joie en offrant à l'album des illustrations riches et de grande qualité couleurs crayons et papiers découpés. Voici un album frais et drôle qui fera rire les petits et les grands sans souci. ça tombe bien, c'est carnaval ! *** Coup de cœur*** Boucle d'ours est à adopter dès 4 ans et fera le bonheur des enseignants de maternelles qui trouveront une ouverture riche et pétillante pour travailler en transversal sur un thème de prédilection : les contes. 

La chronique de La Mare aux Mots Ici 

La robe à froufrous de Sandrine Beau, illustré par Ariane Pinel. Ah ! Certainement pas ! Jamais mademoiselle Chacha ne mettra ça. Mademoiselle Chacha, c'est Marie-Charlotte. C'est comme ça que sa mère a eu la bonne idée de l'enregistrer à l'état civil, sa mère, une grande fan de Cendrillon et de Soirs de France. "ça", c'est la robe à froufrous que lui a envoyée sa tante Véronique même pas en guise de cadeau d'anniversaire. Cadeau empoisonné pour Chacha qui ne voit la vie qu'en bleu et en salopette, et ce d'autant plus qu'elle devra la porter le jour du mariage pour lequel elle a été nommée demoiselle d'honneur. Horreur ! Ce qui est urgent, quand même, c'est de se débarrasser de ça. Et discrètement si possible. Et bien c'est plus facile à dire qu'à faire, d'autant plus que la maman de cette famille monoparentale y tient fortement, à ça. La robe à froufrous. Et Chacha ne parviendra pas à lui faire avaler les deux ou trois couleuvres qu'elle a en stock. Heureusement qu'elle peut compter sur son inventivité et surtout sur sa grand-mère pour contourner les ordres en rondeur. Un roman à lire et à rire à partir de 8 ans dans lequel l'écriture et le ton de Sandrine Beau se veulent légers et drôles tout en traitant de thèmes sérieux quand bien même ils n'en auraient pas l'air. L'opposition mère/fille dans un contexte d'enfant et de parent uniques est peu fréquemment abordé, il me semble, et quand cette opposition se pose directement sur le port d'un vêtement digne des plus grandes princesses, qu'il n'est pas un rêve mais devient un cauchemar pour le personnage, il interpellera forcément de nombreux lecteurs, autant les enfants qui peuvent s'y retrouver que les parents qui auraient une petite tendance à reporter sur leurs enfants leurs propres rêves d'enfants non réalisés. Un roman pour réfléchir et discuter donc aussi ! 

Egaux sans Ego collectif d'auteurs. Sous-titrée Histoires de filles et de garçons, cette BD qui s'adresse aux collégiens et lycéens présente 5 histoires axées sur des préoccupations fortes des adolescents  et qui ont pour but de dénoncer clichés et stéréotypes dans un cadre réaliste : l'apparence et plus particulièrement la tenue vestimentaire (la jupe), les réseaux sociaux, les jeux vidéos, les premiers émois, l'orientation scolaire, le sport. Signée par un illustrateur différent - Anne Rouvin, Gabrielle Piquet, Tatiana Domas, Laureline Mattiussi et Josselin Paris - chaque histoire est indépendante et peut devenir la base d'une discussion ou d'un débat en classe; Ecrites par l'association Egalité par Education et adaptées par Tristan Pichard, elles en sont d'ailleurs le résultat. En ouverture de chaque histoire, l'illustrateur qui la signe donne sa vision du scénario et en enrichit l'intention. Leurs traits, regards et univers sont très différents et font de l'album un support unique, intéressant et pédagogique. 
La chronique de La Mare aux Mots Ici

Quelques pas de plus...
Pour faire la fronde aux clichés, s'y opposer et les combattre, il faut peut-être en premier lieu bien se connaître et connaître le sexe opposé. C'est ce que propose les auteurs de Zizi, lolos, Smack, Delphine Godard et Nathalie Weil, dans un album à découvrir à partir de 9 ans, illustré par Stéphane Nicolet. Et il commence d'ailleurs par des idées toutes faites, tout un tas, avant de passer aux choses sérieuses, non sans humour, c'est le rôle confié à l'illustrateur qui a aussi pour mission d'élaborer croquis, de coupes et de schémas quand il s'agira de traiter d'apparence physique et de fonctionnement des organes. Au menu, d'un album que la couverture dessert selon moi : les organes sexuels, leur apparence et leur fonctionnement, l'intimité, l'amour, les baisers, la puberté, la reproduction... Une mine d'informations livrées dans un documentaire qui démine les sujets tabous, grâce notamment à l'utilisation d'un langage simple et clair mais aussi à des animations et illustrations qui permettent à la fois de rire et de mieux comprendre : une bonne surprise !
La Mare aux mots en parlait Ici.


Filez voir la chronique du jour de Gabriel, c'est Ici


*** Les références ***


* La déclaration des droits des garçons et Le déclaration des droits des filles d'Elisabeth Brami et Estelle Billon-Spagnol  éditions Talents Hauts, mars 2014 - 11,90 € -  à lire avec l'enfant à partir de 4 ans
Les poupées c'est pour les filles de Ludovic Flamant et Jean-Luc Englebert, éditions Pastel (off)septembre 2013 - 10€ -  à partir de 4 ans
Boucle d'ours de Stéphane Servant et Laetitia Le Saux, éditions Didier Jeunesse - 2013, 12,50 € - à partir de 4 ans
La robe à froufrou de Sandrine Beau et Ariane Pinel, éditions Alice Jeunesse - 2014, 11,50€
Egaux sans ego Collectif d'auteurs, éditions Locus Solus - septembre 2013, 14€
Zizi Lolos Smack !! de Delphine Godard et Nathalie Weil, illustré par Stéphane Nicolet, éditions Nathan - août 2013, 15,50€

2 commentaires:

  1. Wahou super chronique riche est délicieuse comme une glace à la Violette :D

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    1. Merci Sophie ! Une glace à tout ce qu'on aime !

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