vendredi 28 mars 2014

Un petit tour chez les Incorruptibles

Comme vous le savez, cette année, à l'occasion de la participation de la classe de Petit Pois aux Incorruptibles - il est en grande section - j'ai décidé de suivre le prix d'un peu plus près en vous présentant des chroniques régulières sur une partie des livres de la sélection, toutes classes confondues. En peu de temps deux albums sont arrivés à la maison via l'école, Le fil rouge de Géraldine Collet et Cécile Hudrisier et Les baisers de Cornélius d'Agnès de Lestrade et Charlotte Cottereau. L'idée est de lire l'album avec l'enfant, puis de remplir son carnet de lecture qui comporte trois parties, l'avis de l'enfant, l'avis des parents et la réalisation d'un dessin inspiré de l'album. A la maison, Petit Pois aime faire comme - je suppose - à l'école en nous présentant l'album lui-même, page après page, face à son public attentif. C'est un bon moment d'échanges, de discussion et d'atelier autour du livre qui permet aussi à La Grenouille, sa petite sœur de moyenne section, de participer.
Du côté des maternelles...
Le fil rouge de Géraldine Collet et Cécile Hudrisier. Une petite fille crayonnée crayon gris, avec juste deux petites touches de rouge sur les joues, là où ça fait un fard coquet, là où le personnage prend vie, s'interroge sur un fil rouge qu'elle trouve à ses pieds. Curieuse, elle décide de tirer, tirer la ficelle, "oh hisse, la saucisse", qui a l'air de résister. Et pour cause, badaboum, la voici les fesses par terre tellement elle a tiré fort et trois cochons potelés (qu'on imagine petits, les cochons) apparaissent, catapultés dans les airs. Ils rejoignent la petite fille pour le tir et à la corde, et ensemble, ils font apparaître le loup. L'histoire continue sur ce principe et de nouveaux personnages de conte apparaîtront jusqu'à Celui ( avec un grand C) qui tient bon et fort son fil rouge. Misère de misère, on dirait bien qu'il y a une grosse bêtise dans l'air. A la fois tendre et malicieux, Le fil rouge est un album plein de surprise, truffé de références, efficace et drôle qui parlera forcément forcément aux enfants. Ici, la critique est unanime : on a beaucoup aimé !  *** Coup de cœur ***.  

 
 
 

Les baisers de Cornélius d'Agnès de Lestrade et de Charlotte Cottereau. " Cornélius était un vieux monsieur qui n'avait pas trouvé l'amour. Il était seul et triste, parfois". C'est peut-être pour cela que son esprit créatif eut envie un jour de créer une "machine à baisers". Quelle belle idée, les baisers en sortaient par milliers et voguaient au vent pour rencontrer badauds et passants. Un jour, les baisers virèrent direction maison d'une sorcière, "moche, ridée, avec un poireau sur le nez". Cela ne la ravit pas du tout du tout de voir tous ces baisers s'approcher mais quand l'un d'eux se posa sur son bras, la magie opéra. Je ne vous dis pas laquelle, mais sachez que l'album, un conte romantique à l'univers visuel très doux, fait la part belle à l'amour et au changement, comme s'il n'était jamais trop tard pour évoluer et goûter au bonheur...

 


Du côté des CP...

La mémoire aux oiseaux d'Ingrid Chabbert et de Soufie. "Ma grand-mère, je l'aime aussi fort que l'univers. (...) Elle a une robe de chambre toute rose qu'elle prend pour un manteau. En journée, elle sort même avec ses pantoufles". C'est avec beaucoup de tendresse et d'affection qu'un garçonnet haut comme trois pommes mais lucide comme six parle de sa grand-mère souffrant d’Alzheimer. Une grand-mère douce, ronde et rose bonbon qui est un tout petit peu à côté de la plaque mais qui vit pas, contrairement aux apparences de légèreté sa maladie de manière douce, ronde et rose bonbon. Entre ces moments d'oubli et d'écarts aux codes de notre société, il lui arrive de se souvenir que sa mémoire s'envole et elle en pleure, sur le perron de la maison ou cachée derrière un canapé en fleurs. Heureusement, elle n'est pas seule, elle a sa famille, et son petit-fils, tendre et bienveillant. La Mémoire aux oiseaux est un album magnifique sur cette maladie dégénérative du cerveau qu'est Alzheimer, sur la sénilité aussi. Les images induites par le texte doux, sensible et poétique d'Ingrid Chabbert sont parfaitement accompagnées par les douces illustrations de Soufie, tant dans le trait que dans la palette de couleurs choisies, qui permettent une lecture poétique et tout en rondeur d'un sujet compliqué à expliquer aux enfants, autant peut-être qu'à vivre, tant pour la personne touchée que pour ses proches. *** Coup de cœur ***.  
Du côté des CE2 /CM1...
La voix d'or de l'Afrique de Michel Piquemal et Justine Brax. "Près du fleuve Niger, un enfant est né, un enfant pas comme les autres... Un enfant aux yeux un peu rouges, noir à la peau blanche". Malédiction, dit-on en Afrique. Ce jeune enfant albinos se nomme Salif, il est le fils d'une des plus prestigieuses familles du Mali. "Quelle honte pour famille noble (...). On parle de lui donner la mort". Ainsi son père le rejette, mais sa mère s'enfuit avec lui, et lui sauvera la vie. Cette histoire pourrait être l'histoire ordinaire de tous les enfants nés albinos en Afrique, si elle se veut quasi universelle, elle est pourtant singulière puisqu'elle est inspirée de la biographie de Salif Keita, surnommé "La voix d'or de l'Afrique". Il grandit sous les railleries, songe même à se donner la mort, à plusieurs reprises. Il se réfugie dans les livres, puis dans la musique, toujours rejeté et raillé et enfin, enfin perce. Le texte présente un parcours lourd et difficile dans une écriture contée inspirée de la tradition orale. Les illustrations présentées en pleine page de droite réalisées par Justine Brax sont remarquables, cet album, grand et d'une très belle qualité permet d'aborder des sujets sérieux autour du rejet, des cultures, des croyances, de la peur de la différence en faisant une immersion dans le cœur traditionaliste de l'Afrique à explorer sans omettre l'univers de l'artiste que vous retrouverez  Ici.  
Du côté des CM2 / 6e...
La meilleure nuit de tous les temps de Séverine Vidal. 
" Quand on tombe amoureux, on tombe pour de vrai. Aimer, c'est s'écrouler dans les escaliers, c'est se fendre la cheville en deux, avoir l'os qui ressort et hurler à la mort en attendant les secours. Niveau douleur, c'est à peu près ça." Et Raphaël sait de quoi il parle, parce que quand il tente en bafouillant de lui donner rendez-vous, à cette fille aux boucles rousses qu'il croise à l'école, lors de sa rentrée en 6e, il tombe. Il tombe de haut, quand elle refuse car il pense à elle 24h sur 24h. "Aimer c'est se casser la gueule" raconte-il à son frère, son confident, à qui il avoue aussi qu'il ne connait que de la belle sa classe, 5eC et pas son prénom. Et puis entre un plat de carottes râpées et une salade d'endive, elle s'est retrouvée derrière lui dans la queue du self et elle lui a dit oui. Pas comme ça, tout à coup. Elle lui a aussi demandé de refaire sa propostion, mais sans "les potes". Juste un rendez-vous en tête à tête. C'est comme ça que ça a vraiment commencé, avec une entrée de crudités, des yeux merveilleux, un tshirt Born to be wild et un prénom doux, très doux, Colombe.  Et pour les tourtereaux ce premier rendez-vous est devenu une habitude, un rituel.  "La vie c'est fou ! C'est fou de faire la connaissance de quelqu'un le 5 septembre et de ne plus pouvoir s'en passer le 6". Mais le hasard ne fait pas toujours bien les choses. Quand le père de Raphaël découvre que la tourterelle n'est autre que la fille de son nouveau patron il veut mettre fin à l'idylle, comme si l'amour n'était réservé qu'aux adultes, comme si ces raisons d'adultes étaient valables et recevables, comme si on arrêtait comme ça de s'aimer quand on s'aimait vraiment. Comme si une grande claque, la première, l'unique, réglerait quelque chose. Rien, on le sait bien. Mais Raphaël doit en parler à Colombe et les deux amoureux ne mettront pas longtemps à trouver la solution pour vivre leur "amour clandestin", ce qui ne pourra pas se faire sans le frère de Raph de 15 mois son aîné, Lujien - enfin Julien mais un épisode de dyslexie à définitivement transformé son prénom en verlan- ni sans deux ou trois péripéties et événements, et pas des moindres : un mariage et un incendie entre autres ! Drôle et attendrissante, l'histoire de ce jeune couple de pré-ados narrée par la voix du jeune garçon formule avec justesse, insouciance, légèreté et importance des premiers émois. Le contexte tissé met en avant une très belle relation fraternelle, tout en respect et en complicité, et montre les premières tentions qu'il peut y avoir dès les premières années de collège entre enfants et parents, le père ici. J'aime beaucoup les romans de Séverine Vidal. Facile à lire, il entraînera facilement les jeunes lecteurs dès 9 ans, et comme Lâcher sa main publié chez Grasset Jeunesse que j'avais chroniqué ici, ce roman là est une perle. *** Coup de cœur ***.  
*** Les références ***
* Le fil rouge de Géraldine Collet et Cécile HudriserEditions Philomèle - septembre 2011 - 13 €
* Les baisers de Cornélius d'Agnès de Lestrade et de Charlotte Cottereau, Editions Balivernes 2012 - 12€
* La mémoire aux oiseaux  d'Ingrid Chabbert et de Soufie, Editions Des ronds dans l'O 2012 - 12,50€
* La voix d'or de l'Afrique  de Michel Piquemal et Justine Brax, Editions Albin Michel Jeunesse 2012 - 13,90€
* La meilleure nuit de tous les temps de Séverine Vidal, Editions Du Rouergue août 2013 - 7,50€

*** Retrouvez ma précédente chronique sur Le Prix des Incorruptibles Ici
ainsi que les articles présentant deux albums en sélection :
Brigitte la Brebis qui n'avait peur de rien de Sylvain Victor, 
Editions Thierry Magnier 
mai 2012- 12,50 € - ICI - *** Coup de cœur ***.  
La drôle de maladie de P'tit Bonhomme 
de Pierre Delye, 
Editions Didier Jeunesse 
Janvier 2012- 11,90 € - ICI

7 commentaires:

  1. Chouette cet article ! Ma fille de CE2 participe au prix avec sa classe et n'a pas tellement été sensible à La voix d'Or de l'Afrique, j'ai pourtant essayé de l'y aider mais sans trop de succès, je crois. Cela fait plusieurs années que les filles participent et on ne voit pas toujours passer les albums, souvent elles les lisent plutôt en classe. Le livret où tu notes les appréciations de tes enfants, il vient d'où ? Il est peut-être utilisé en classe d'habitude ?

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    1. Coucou Fred, le livret vient de l'école mais regarde les outils sur le site des Incos : http://www.lesincos.com/outils-lecture.html

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    2. Merci pour le lien, je suis allée voir et j'ai notamment trouvé une fiche de pistes de lecture et de travail pour le livre sur la vie de Salif Keita ; quelle richesse ! Je demanderai à ma fille ce qu'ils ont dit sur le bouquin en classe.

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  2. J'aime beaucoup ton article!
    Cela fait plusieurs années que je suis ce Prix, depuis que ma fille est entrée au CP en fait, soit 4 ans. C'est d'ailleurs la seule année où nous, les parents, avons pu voter et remplir le carnet dont tu parles!
    "La Voix d'Or de l'Afrique" est mon coup de cœur en CE2/CM1. Pour la sélection CE1, je te recommande "l'histoire d'une histoire" d'Edouard Manceau! Un régal! http://vivrelivre19.over-blog.com/2014/03/l-histoire-d-une-histoire-edouard-manceau-des-7-ans.html
    Blandine.

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    1. Merci Blandine ! J'attends de recevoir l'histoire d'une histoire et je te redirai ! Merci pour le lien, à bientôt !

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  3. Je vais laisser une petite trace de mon passage alors...pour te dire que tu es "épinglée" dans ma barre de navigation personnelle ;) et que je vais ainsi pouvoir suivre plus régulièrement tes chroniques de qualité et qui donnent envie de dévorer les livres et de les faire découvrir à tous "mes " lecteurs !

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    1. Merci Anne ! Tu dois avoir quelques livres de la sélection Incos à la bib, non ? Peut-être que tu pourrais en mettre quelques uns en avant ?

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