mercredi 8 octobre 2014

*** Chic c'est mercredi ! *** Mots terreurs, mots rumeurs...

De terribles faits à cacher, des mots terribles pour des petits riens. La sélection du jours cible des ados en détresse, rayon nouveautés.
Une arme dans la tête de Claire Mazard. C'est enfant, par erreur, par malchance, qu'Apollinaire Mayembé tombe dans les mains des soldats. Comme un oisillon tombé du nid, une proie facile, éblouie par les phares d'une voiture, extérieur nuit. C'est comme ça que ça s'est joué pour lui et son ami Wamba. Pour des dizaines d'autres enfants aussi, probablement. Un peu trop à l'écart des maisons de leurs parents, à l'orée de la forêt, fusils en bois à la main, pour jouer, pour jouer à la guerre, aux soldats, ils ont 11 ans. C'est à ce moment là qu'un soldat un surgi. Un vrai. Les flattant. Embrigadement, en quête de "libérateurs pour notre pays". Notre pays, un pays sans nom au cœur de l'Afrique noire. Saoulés aux mots qui gonfle d'orgueil, puis embarqués, alcoolisés, drogués, violentés, et encore complimentés "si vous acceptez d'être des nôtres vous serez les benjamins ! (...) à votre âge, de futurs héros déjà!", drogués à nouveau, chanvre, amphétamines, entrainement s intensifs, maniement des armes, lutte. Caporal commande. C'est son nom, c'est lui le recruteur. Il a Apollinaire à la bonne, Conan l'effaceur, de son nom de guerrier, mais pas Wamba qu'il a dans le nez, dans le pif, jusqu'à ce qu'un jour malgré la protection de son meilleur ami, il lui fasse sauter la cervelle. L'histoire n'est pas linéaire. Le lecteur est tout d'abord embarqué dans la fuite, extérieur nuit, la jungle. Le père Juliat l'extrait du milieu, le fait passer en France. Il devient "mineur isolé", intègre une école, un foyer, dans lesquels il rencontre d'autres apatrides et ce roman qui transforme les remords en ultime chance de partir sur une autre vie. Celle qui cache à tous les fantômes des morts et le visage d'un enfant tueur devenu un jeune homme lisse au moral en dents de scie. Cœur lourd, rongé par la culpabilité et la souffrance, Apollinaire tente de ne pas sombre. Sur sa route, quelques Sages clés, Alizée et le recueil Alcools du poète dont il tient le nom.  Ne vous arrêtez surtout pas à la quatrième de couverture, elle n'a pas sens. Saisissant, violent, lourd, ce roman est pourtant une grande réussite. *** Coup de cœur***

Mots rumeurs, mots cutter de Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini. Petits cœurs sur des messages passés en douce dans les rangs pendant les cours, bouts de papiers déchirés des pages de cahiers, on ne sait pas où on met les pieds quand on entre dans cette BD. Univers ado, 14-15 ans, peut-être moins, années collèges, premiers émois, "il est trop beau, Mattéo" pour Léa comme pour les autres petites nanas de la classe. On ne sait pas où on met les pieds, ni comme ça va déraper. Léa tombe amoureuse, Mattéo n'est pas indifférent. Petit à petit, les choses avancent jusqu'à ce soir là "il m'a embrassée". C'est Léa qui raconte, c'est Léa le personnage principal, c'est Léa qui va en prendre plein la tête. Mais avant de tomber de haut, elle va pouvoir flotter sur son petit nuage, "On s'embrassait tout le temps. En cours, on ne se quittait pas". Le désir commence à monter, lui voudrait plus que des baisers, elle ne sait pas, "j'avais entendu tellement d'histoires de 'premières fois' qui se passent mal et de filles plaquées juste après....". Le lecteur pense que c'est là que les choses vont se jouer. Fausse route. Un samedi soir entre copines, premières cigarettes et premiers verres de trop, les langues se délient autour du jeu "action ou vérité", les gestes ne sont plus contrôlés. " Léa, action ou vérité ? " "Action!" "Tu nous fais un striptease". Et c'est parti, elle enlève le haut. Clac, photo. Tadam, la voilà seins nus, image aussitôt capturée au smartphone et diffusée sur les réseaux sociaux. Tout bascule. Mattéo coupe les ponts, au collège, effet de groupe, effet de masse, elle est non seulement délaissée par ses "amies" mais en plus tout le monde la traite de tous les noms, "bitch" et autres insultes fusent,. Léa est exclue de tout, bête de foire elle est harcelée puis violentée. Un scénario remarquable, court, qui sonne juste et en devient saisissant. Les illustrations couplée à le soin porté à l'édition (texture de couverture, grain du papier) en font une BD de grande qualité. A mettre d'urgence entre toutes les mains des collégiens, pour pointer déjà ce qui n'est jamais très loin d'arrivée à la croisée de leurs chemins pas toujours tout à fait droits. *** Coup de cœur***

En mai dernier j'avais chroniqué Rouge Tagada 
des mêmes auteures Ici

Dis- moi qu'il y a un ouragan de Fabrice Emont. Léa est nouvelle au lycée, arrivée en seconde, elle ne connaît personne et doit faire sa place dans sa classe. Elle n'est pas aidée avec ce projet en arts visuels à faire en filmant avec son téléphone. Un groupe un peu bancal constitué avec les élèves que les autres n'ont pas choisis. Autant dire que ne le prédispose à bien fonctionner. Il y a Moussa, un type sympa, Pauline, l'intello peu disposée à vivre en société, Quentin grand, maigre pour lequel Léa sera attirée, et Jennifer qui n'a pas grand chose pour plaire à part son apparence et encore moins depuis que Léa voit qu'elle peut mener Quentin par le bout du nez. Rivalités, jalousie, autour d'un projet commun qu'il faut pourtant mener au bout. Rien ne sera évident. Pourtant petit à petit chacun commence à se livrer, à se découvrir, avec fêlures, blessures, fragilités et émotions. Les secrets bien cachés resurgissent. Mais au fait, pourquoi Léa a été obligée de déménager ? Voici un roman fort et sensible qui s'inscrit parfaitement dans la lignée des deux titres précédents en s'inscrivant cet fois-ci dans l'univers lycéen, un peu plus sage.  

*** Les références ***
Une arme dans la tête  de Claire Mazard - Editions Flammarion - collection Tribal - 10 septembre 2014 - 10 € - à partir de 14 ans *** Coup de cœur***
Mots rumeurs, mots cutter  de Charlotte Bousquet et Stéphanie Rubini - Editions Gulf Stream - collection Tribal - 4 septembre 2014 - 15 € - à partir de 11 ans *** Coup de cœur***
Dis-moi qu'il y a un ouragan  de Fabrice Emont - Editions Gallimard - collection Scipto - Février 2014 - 10,90 € - à partir de 13 ans

1 commentaire:

  1. J'ai fini Une arme dans la tête : j'ai adoré... (comme prévu donc !)

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