samedi 28 novembre 2015

Free hugs : Eux, c'est nous...

Lessivée, ras-de-marée, fatiguée. Ours polaire, gros pull, couette à plumes, pavés à avaler, ils s'empilent sur la table de nuit. Envie de dire, de voir, de lire du doux, envie de pleurer aussi, envie de voir, de rire, de tout. Et comprendre que parfois c'est plutôt compliqué. Envie d'arrêter de mal dormir, ou pas assez, envie de retrouver la bonne direction. D'arrêter les papillons qui font vibrations dans les yeux. Les deux. Le gauche plutôt. Après le chamboulement, les idées sont nouées, il faut aller chercher bien au fond de ce que l'on est pour retrouver sa boussole, sans laisser bouillir les émotions, faudrait pas cocote-minuter, déborder... Envie de remettre en Une la fragilité de la vie, l'éphémère, envie de toute urgence d'aimer et d'être aimée. Envie de le dire à ses proches, à sa famille à ses ami-e-s. A un quelqu'un inexistant. Envie d'envoyer des petits mots. Envoyés, quelques petits mots ici et là et missives. Des signes. Et ici dans le microcosme familial si cruellement dépourvu d'un second adulte pour faire le pendant, l'autre, le complément, j'ai tenté de ne pas toujours trop m'énerver non plus. C'est marrant comme c'est pire tendu et non tendresse quand on est à fleur de peau.
Reprendre le cours. Ecrire donc. Quoi ? Pour qui ? Pourquoi ? Reprendre le fil perdu de ce blog qui volette en ce moment, c'est ça le plomb dans l'aile. J'ai choisi des petits livres doux pour la prochaine chronique. J'avais écrit "libres" à la place de livres, phrase précédente, doux lapsus qui pointe du doigt le tout sécuritaire qui se met en oeuvre. Etat d'urgence... Etats, même. Chasses aux sorcières. Plus de frontière pour l'urgence, pour le reste, faut voir. Et en attendant de voir dans quel bateau on rame, dans quelle direction on veut aller, il y a toutes ces envies d'être ensemble, d'être doux, de se sourire et de se marrer aussi, malgré tout. D'aller boire un verre, de refaire le monde, de ne pas se taire. De ne pas se terrer. Sidérés. D'écrire, d'écrire, de dire, de dire, d'écrire encore. Et ce n'est pas ne plus penser aux victimes et à leurs familles, qui inhument si douloureusement des parties d'elles-mêmes. Ce n'est pas oublier non plus ce vendredi alors que j'écris nocturne, que c'est la date choisie pour l'hommage national aux victimes. Deux semaines déjà après les événements. Si j'avais un drapeau à mettre à ma fenêtre, il serait international. Si j'avais des valeurs à arborer, elles ne seraient pas celles de la patrie, ni celles de la nation. Facile peut-être à dire pour une française. De naissance, de plein droit. Elles diraient égalité, fraternité, liberté, bien sûr, elles diraient solidarité, ouverture, partage des richesses aussi. Et d'autres trucs que j'oublie là tout de suite, parce que j'ai ma journée de travail dans les pattes, ma semaine à l'ouest, parce que j'ai ma soirée de parent solo dans le dos, parce que je me colle sur l'ordi alors qu'il n'est déjà plus d'heure. Il devait s'agir de laïcité, sûrement.
La pluie tombe et éteint les bougies. Je dis ça, mais je n'en ai pas mis. Mais la pluie tombe fort. Peut-être la tempête, peut-être de la colère. Peut-être pour dire qu'il ne faudra pas oublier l'état dans lequel ça nous a mis, ça nous met. J'espère qu'on n'oubliera pas. J'espère aussi qu'on n'oublie pas malgré les émotions et l'intensité du drame, les valeurs existentielles qui nous animent. Qu'on n'oubliera pas de continuer à les faire vivre et à les transmettre. Parce que ça continue à péter. Mais quand il est hors Occident, il fait peut-être moins de bruit, le terrorisme. Pas moins de morts. Bien plus même. J'espère qu'on se souviendra de nos valeurs quand il s'agira de confier des mandats ou d'en prendre la responsabilité, de laisser prendre les bonnes décisions ou de s'y opposer le cas échéant, qu'on était pas trop portés sur le sécuritaire, avant.
Eux, c'est nous. L'instinct, le cœur et la raison de Daniel Pennac suivi de Réfugiés en 8 lettres de Jessie Magana et Carole Saturno. Illustrations Serge Bloch. "Si un homme, une femme, un enfant souffrent et que personne ne veut les secourir, vous entendrez tout. Toutes les excuses, toutes les justifications, toutes les bonnes raisons de ne pas leur tendre la main. Dès qu'il s'agit de ne pas aider quelqu'un, on entend tout. A commencer par le silence".  Daniel Pennac ouvre ce recueil. Un texte d'exception. Un texte à mettre entre toutes les mains. Qui sont les réfugiés ? Qui sont ces hommes, ces femmes, ces enfants "qu'on bombarde, qu'on fusille, qu'on torture, qu'on terrorise, qu'on affame". Des victimes de guerre, "des rescapés qui fuient  (...) pour sauver leurs vies qui ne sont presque plus des vies". Des gens "dont nous pourrions faire partie, qui pourraient être moi, toi, vous.
Nous.
Mais qui sont eux". Pennac nous invite à nous détacher des mass média, des grand-messes, des refrains qui lancinent EXODE-MASSES-HORDES-DÉFERLEMENT-MULTITUDE-INVASION. Un pas de côté, deux peut-être pour réaliser que si nous voulons, nous le pouvons. Que ce ne serait pas la première fois, qu'il n'y a pas péril ni économique, ni culturel. Et s'il le signe haut et fort dans ce manifeste, il l'écrit aussi tellement bien dans la saga Malaussène, Belleville en plein cœur. Pennac, l'humaniste.
A ce texte, suivent 8 mots-clés, illustrés avec force et expliqués avec conviction à l'intention des jeunes lecteurs. 8 mots, 8 clés pour comprendre avec des mots sélectionnés par l'acrostiche les notions et les questions que soulève la situation des réfugiés en France et en Europe clairement brossés, avec finesse, pédagogie et intelligence.
réfugié, étranger, frontière, urgence, guerre, immigration, économie solidarité.
Un recueil indispensable pour expliquer et comprendre. Un recueil solidaire, c'est ce qu'ont voulu ses nombreux éditeurs (collectif impressionnant!) en finançant ce projet pour lequel l'intégralité des recettes est reversé à La Cimade. Les auteurs cèdent l'intégralité de leurs droits également. Un projet à soutenir, à diffuser, à rejoindre, à offrir...

*** Les références ***

Eux, c'est nous  de Daniel Pennac, Jessie Magana, Carole Saturno, illustré par Serge Bloch - Collectif d'éditeurs -  Novembre 2015 - 3 € - à partir de 8 ans

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