lundi 8 juin 2015

Cérémonie de remise des prix des Incorruptibles















C'est à la Maison de la Poésie, passage Molière, au cœur de Paris que se tenait mercredi la cérémonie de remise des prix de la 26e édition du Prix des Incorruptibles, un prix décerné entièrement par les jeunes lecteurs qui peuvent participer en classe mais aussi en famille. Indéboulonnables et forcément incorruptibles, ils élisent leur titre préféré dans une sélection dédiée à leur niveau scolaire. La remise des prix était l'occasion de revenir sur les activités de l'association qui, en plus du prix, propose et coordonne des rencontres avec les auteurs et illustrateurs en lice, des correspondances mais aussi le Feuilleton des Incos dont l'objectif est d'impliquer des classes (à partir du CE1) dans le processus d'écriture d'un roman. L'auteur(e) poste un chapitre chaque semaine et les classes ou groupes constitués (issus de bibliothèque ou des TAP) transmettent leurs questions, commentaires et suggestions pour échanger et débattre. 

L'équipe des Incorruptibles lors de la cérémonie de remise des prix.
Capucine Habiba, Elisabeth Brami, Myriam Touche, Aurélie Florin et Aurelie Forget.
Elisabeth Brami,
 marraine du Prix des Incorruptibles
Marraine du Prix cette année, l'auteure Elisabeth Brami a livré un discours engagé avec pour toile de fonds les événements de janvier dernier. "Lire libre c'est résister". Nous avons besoin de "murailles de livres protéger", de fenêtres aussi "pour nous ouvrir des perspectives et tenter d'être optimistes" déclarait-elle. S'adressant aux auteurs et éditeurs, aux "adultes-passeurs" elle soulignait "l'importance et la difficulté de la transmission" et le rôle essentiel du Prix des Incorruptibles dans cette idée de partage des livres avec "respect et intelligence, cœur et pugnacité". Et en comparant un roman à une auberge espagnole suite à un échange qu'elle avait eu avec un enfant lui indiquant "vous donnez des ingrédients et nous on fait la recette", elle a positionné la lecture comme une fonction vitale, condition de notre liberté. Indiscutable. 

Les pré-sélections et les comités de lecture
expliqués par Myriam Touche qui en est en charge.



Indiscutables également les résultats de ce 26e prix. Non pas parce que les titres choisis étaient les meilleurs, et il n'y a qu'à voir le palmarès "adultes" ici pour voir que les avis divergent parfois, mais parce que les livres choisis ont été plébiscités par les jeunes lecteurs, et que c'est bien l'objectif du prix, tout simplement. Elisabeth Brami expliquait avec humour et affection en quoi le prix porte bien son nom lors de son intervention aux côtés de Capucine Habib dernièrement aux Maternelles sur France 5 (à voir ou à revoir Ici). 

 Chaque année notre regard d'adulte peut être amené à une once de déception. J'admets que c'est mon cas pour Nos étoiles contraires de John Green que j'avais chroniqué ici. Dans la catégorie 5e/4e, j'ai adoré Les sentinelles du futur de Carina Rozenfeld chez Syros. J'y reviendrai le mois prochain pour le dernier rendez-vous avec les Incos de la saison, le 15 juillet. C'est 
Le Manoir, Liam et la carte d'éternité, le début d'une longue et haletante série écrite par Evelyne Brisou-Pellen chez Bayard et qui rencontre un franc succès - à raison - qui a emporté le prix. Un manoir hanté au cœur du Finistère dans lequel débarque Liam pour sa convalescence. Plus de médicament, Liam respire, enfin un tout petit peu. Car l'atmosphère est oppressante, les consignes strictes : pour sa sécurité et celle des autres pensionnaires, il ne doit toucher personne. Les autres ne lui donnent pas envie, ils sont tous plus étranges les uns que les autres, dangereux même peut-être. Liam décide de s'enfuir mais sa rencontre avec Cléa et la découverte d'une carte d'éternité vont tout changer. Il a une affaire à résoudre, des personnes à aider et l'enquête entre frissons et polars est rudement bien menée ! 
C'est une enquête également qui est récompensée dans la catégorie CE2 /CM1 : Rue des petits singes d'Agnès Laroche, menée cette fois par une  narratrice, Lucie, attachante et bienveillante, à laquelle les lecteurs peuvent s'identifier facilement. Alors qu'elle passe le week-end chez sa grand-mère, Maminou, suspectée par ses parents de devenir sénile. Lucie pourrait elle aussi se poser la question quand sa grand-mère lui indique avoir vu un petit singe, alertée et réveillée en pleine nuit par Gaston le perroquet. Maminou a quand même eu le réflexe de prendre des photos cette nuit là et en y regardant de très très près, malgré l'absence de lumière, le cadrage catastrophique et le flou, Lucie voit effectivement apparaître un détail étrange... D'où peut bien venir ce petit singe ? Voilà qui va bien occuper notre duo, avec la complicité d'un bel inconnu, le nouveau voisin qui ne sort étrangement que la nuit...  Suspense mais aussi tendresse et complicité intergénérationnelle sont au rendez-vous de ce bon petit roman édité par Rageot.
De la tendresse, mais aussi un univers graphique chaleureux et original, mêlant dessins et photos, c'est ce que l'on retrouve dans la folle épopée d'Emma, héroïne de l'album qui remporte le prix en CE1 : Emma à New-York de Claire et Etienne Frossard aux éditions Belin Jeunesse. Emma est issue d'une famille d'oiseaux pour qui tout va bien. Ils vivent à New York, au cœur de Central Park, un lieu qu'Emma connaît parfaitement bien pour l'explorer tous les matins et qui ne lui suffit plus. Elle rêve de migrer comme son ami Duckyduck, elle rêve de voir Paris. Ce n'est pas que cela plaise à ses parents qui la trouvent encore bien petite, ils l'encouragent pourtant et la soutiennent dans son projet en la laissant faire son baluchon et voler de son propre... zèle ! Quête initiatique, courage et dépassement de soi pour réaliser ses rêves, voilà ce que l'on trouve dans cet album qui livre un conte optimiste autour du bien grandir dans un univers graphique dense, alliant plusieurs techniques et qui en font un album très intéressant.  
J'ai eu un coup de cœur immédiat pour La fille qui n'aimait pas les fins de Yaël Hassan et Matt7ieu Radenac édité par Syros et primé dans la catégorie CM2/6e. Dans ce roman fort bien mené, écrit à quatre mains, La fille, c'est Maya, une jeune amoureuse des livres qui les dévore et les collectionne sans aller jusqu'au bout de sa lecture. C'est à la bibliothèque où sa mère l'a inscrite contre son gré qu'elle rencontre un vieil homme aussi passionnant que mystérieux. Elle découvre qu'il est un célèbre écrivain mais elle n'est pas au bout de ses surprises. Cet homme qu'elle ne connait pas du tout est bien plus proche d'elle qu'elle ne l'aurait pensé. A travers leurs regards croisés et la narration partagée, le voile se lève autour d'un nœud familial jusque là non résolu et sur lequel il n'était plus possible de connaître la vérité depuis le décès du père de Maya. Un excellent roman à découvrir dès 9 ans.

En maternelle, succès unanime pour Non ! de Maria Altès chez Circonflexe que j'avais chroniqué ici et qui joue sur la corde humoristique sans se prendre les pieds dans le tapis. Très drôle et très réussi, La bonne humeur de loup gris de Gilles Bizouerne et Ronan Badel chez Didier Jeunesse remporte la catégorie CP. Pauvre loup, il a beau s'être réveillé de bonne humeur ce matin, avec l'envie bien entendu de croquer de la bestiole, de dévorer de la proie, de manger du lion (enfin de tenter de manger du bélier, de la brebis ou du cheval), il va tourner plus d'une fois en bourrique, se faire cabosser et retourner aussi vite d'où il vient, avec le ventre vide et la tête pleine. Pleine de ces bosses causées par des proies bien plus rusées que lui. Un livre de castagne, mené par un texte bien rythmé, cadences et sonorités, qui évolue dans un univers graphique joyeux et espiègle signé Ronan Badel. 


Je reviendrai sur d'autres livres de la sélection le mois prochain et repartirai dès septembre pour un rendez-vous mensuel avec Le Prix des Incorruptibles le 15 de chaque mois. En classe, en bibliothèque et en famille, les inscriptions pour la prochaine saison sont ouvertes ! 

Pour prolonger le plaisir de la lecture cet été, Le Prix des Incorruptibles vous propose une nouvelle application autour de la lecture gratuite et disponible cet été seulement, du 15 juillet au 31 août. 7 livres numériques (un par niveau de la maternelle au lycée) avec un contenu enrichi : interviews exclusives d’auteurs et d’illustrateurs, jeux autour des livres, etc...
Au menu, un titre par tranche d'âge  :
Pour ne pas rater sa mise en ligne, vous pouvez vous inscrire Ici dès maintenant !

*** Les références ***
Le Manoir -Liam et la carte d'éternité  d'Evelyne Brisou-Pellen - Bayard Jeunesse  éditions - Décembre 2013 - 13,50 € - à partir de 12 ans
* Non ! de Marta Altès - Editions Circonflexe janvier 2013 - 12,35 € - à partir de 4 ans.
* Rue des petits singes d'Agnès Laroche - Rageot Editeur mai 2013 - 6,45 € - à partir de 8 ans.
* Emma à New-York de Claire et Etienne Frossard - Editions Belin Jeunesse février 2013 - 13, 70 € - à partir de 6 ans.
* La fille qui n'aimait pas les fins de Yaël Hassan et Mattyieu Radenat - Editions Syros août 2013 - 6,50 € - à partir de 9 ans.
* La bonne humeur de Loup gris de Gilles Bizouerne et Ronan Badel - Editions Didier Jeunesse Février 2013 - 12,50 € - à partir de 4 ans.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire