vendredi 28 juin 2013

Ségrégation et regards croisés

C'est avec Rosa Parks et Melba Patillo qui prendra le nom de Molly Costello que l'on va avec la lecture de deux livres plonger dans l'Amérique des années 50, au cœur d'un univers raciste, ségrégationniste dans lequel les privilèges sont blancs et l'infériorité noire. I have a dream. Une histoire documentaire, La Femme Noire qui refusa de se soumettre, Rosa Parks d'Eric Simard, un roman inspiré de faits réels Sweet sixteen d'Annelise Heurtier, pour un regard croisé sur ces deux ouvrages avec Gabriel de La Mare aux mots.


La Femme Noire qui refusa de se soumettre, Rosa Parks. Dans son regard, sur des photos, il y a son sourire, il y aura toujours son sourire. Celui de Rosa Parks décédée en 2005, celui - drôle d'idée - qui endosse le narration de ce livre documentaire pour raconter sa vie, dans les lignes essentielles. Née en Alabama, Sud des Etats-Unis, en 1913, elle a grandi avec "le danger derrière la porte". Elle dormait habillée "au cas où il faudrait quitter la maison le plus vite possible". Là où elle vivait quand elle était petite, "Des Blancs tuaient des noirs", des lois les aliénaient et tout était fait pour qu'ils ne se mélangent pas, pour que les Noirs ne dérangent pas. Les Blancs, bien entendu. Des écoles aux cimetières, tout était distinct. A quelques exceptions comme le bus. Moyen de transport réglementé. Les Blancs devant les Noirs derrière jusqu'aux assises du milieu sur lesquelles ils sont tolérés si le bus n'est pas bondé. "Le 1er décembre 1955, Rosa dit non au règlement des Blancs" et refuse de laisser sa place dans le bus, une de celles du milieu, à un Blanc. Rébellion. La voilà arrêtée. Et la révolte qui avait grondé dans sa poitrine quand elle a tenu tête à un blanc a gagné la tête et le cœur de toute une communauté à Montgomery dont un pasteur du nom très évocateur de Martin Luther King. Boycott des bus, résistance des Noirs, pression économique, jusqu'à ce que la loi qui établissait la ségrégation raciale dans le bus soit abrogée. Rosa Parks incarne un premier pas vers la conquête de l'égalité des droits. Mêlant histoire et biographie, ce roman d'Eric Simard à lire à partir de 10 ans se termine par une page de vocabulaire spécifique et une partie documentaire : "Les noirs aux Etats-Unis : de l'esclavage à la ségrégation" et "Rosa Parks et le mouvement pour les droits civiques". Il a reçu le Prix Renaudot des Benjamins 2007. 
La Femme Noire qui refusa de se soumettre, Rosa Parks d'Eric Simard, illustré par Carole Gourrat, Editions Oskar, collection Histoire Société, juin 2006 - 5,95 €

L'avis de Gabriel iCi

Sweet Sixteen d'Annelise Heurtier. Rentrée scolaire 1957. Etats-Unis. Arkansas, Little Rock, le lycée central, établissement le plus prestigieux des environs qui ouvre pour la première fois ses portes à 9 élèves noirs, dont Molly Costello nom d'emprunt pour un personnage et une histoire qui sont eux tirés de faits réels. Racisme, haine, violence, l'intégration de ces neufs adolescents sera tout de suite extrêmement difficile. Il faudra plus que du cran pour chacun d'entre eux, séparés dans des classes différentes pour résister aux injures, aux heurts, à la maltraitance et à la pression que des dizaines d'élèves blancs leur font vivre au quotidien. Tant qu'ils ne pourront intégrer le lycée qu'accompagner d'un soldat garde du corps. C'est le point de vue de Molly, dans sa 16e année, sweet sixteen, que l'on suit en partie. En alternance, c'est du côté de Grace que la narration se place. Grace, riche, blanche, populaire, une femme Noire pour bonne, et qui n'a, semble-t-il, que des intérêts futiles. Robes qui en jettent, talons qui claquent, coiffures qui époustouflent, l'air de rien. Elle fait partie de la bande de Brook, fille de militante de la ligue. Proche du Ku Klux Clan. Soeur de Sherwood. Le beau Sherwood "aux traits séraphiques". Vraiment pour lui, elle en pince, elle pourrait faire n'importe quoi. A moins que son discours ne la heurte de plus en plus et que la reine du bal ne mette fin au "plus beau couple du lycée". A moins qu'au fil des pages, elle passe de la frivolité et des paillettes à une prise de conscience lente et timide mais pas moins réelle de la situation? Avec Sweet Sixteen, Annelise Heurtier signe là un excellent roman sur une question qui reste relativement difficile à saisir pour le jeune lecteur. La narration, construite par le partage du récit entre les points de vue des deux adolescentes, est un procédé qui reste fréquent dans la littérature jeunesse mais qui sert là parfaitement le roman. Si c'est autour de Molly que l'intrigue se construit, c'est finalement le personnage de Grace qui connaît le parcours le plus intéressant, chahutée entre la raison et la légèreté, elle trouvera sa voie et fera de ses sweet sixteen une année de transition importante qui  portera dans ce roman historique, une deuxième voix, celle du roman initiatique à la teinte humaniste.  *** Coup de coeur *** .
" La Blanche lui avait souri, désolée de ce qui était arrivé. Dans son regard, Molly n'avait lu aucun calcul, aucune animosité. Elles avaient échangé quelques mots, d'égale à égale". 

Sweet Sixteen d'Annelise Heurtier, Editions Casterman, avril 2013 - 12 €


Retrouvez l'avis de Gabriel de La Mare aux mots Ici. A l'occasion de ce regard croisé dont vous faisons un rendez-vous mensuel, retrouvez également son avis sur La vraie couleur de la vanille de Sophie Chérer

Parmi mes complices d'A l'Ombre du Grand Arbre, retrouvez l'avis de Kik




Le mois dernier nous avions posé nos regards sur Le garçon bientôt oublié de Jean-Noël Sciarini paru aux Editions L'école des Loisirs, retrouvez notre chronique croisée Ici

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