jeudi 30 mai 2013

Quand on sera grands...

Une sélection qui parle d'avenir, entre réalité et imaginaire, rêves d'aujourd'hui ou de demain ou de plus tard encore, quand on aura grandi, quand on sera adolescents ou quand on sera grands, comme toi papa ou comme toi maman... A moins que ce ne soit pas comme toi papa ni comme toi maman. 
 Quand on sera grands de Sandrine Beau et de Nicolas Gouny. Une couverture qui aimante, directement. Les illustrations sont de Nicolas Gouny au style si particulier, rond, lyrique, merveilleux, doux, coloré et un brin polisson. Comme le sont les deux petits héros de la couverture, le petit blond garçon, la jolie brune aux joues poudrées qui prennent la parole sous la plume de Sandrine Beau. "Quand on sera grands, je serai conducteur d'un train-bateau qui fera le tour des océans". Complicité et séduction, partage et discussion, l'enfant blond part en voyage dans son imaginaire. Il raconte, il énumère, il passe des rêves les plus fous aux rêves les plus doux. Des mots les plus tordus à d'autres plus cossus. Il créé des associations incertaines, mais plus que certainement belles qui en deviennent d'ailleurs poétiques. il y a par exemple ce souhait de devenir "colorieur de bonbons" ou "déposeur de rosée du matin". Il y a l'attention portée aux autres, la bienveillance de celui qui voudrait être "épongeur de fronts de girafes", "redresseur de coccinelles sur le dos" ou encore "éleveur de colombes de la paix". Il y a ces néologismes qui pourraient fonctionner dans la tête des enfants, il y a une suite à écrire par les jeunes lecteurs de l'album qui sauront à leur tour associer des mots, des images et des idées pour   construire et appréhender, les yeux pétillants d'étoiles, ce que sera demain. Il y a des illustrations remarquables de Nicolas Gouny qui illustrent avec humour, fantaisie et justesse les associations les plus belles, les plus tordues, les plus folles, les plus poétiques de Sandrine Beau. Et c'est un *** coup de coeur ***.

Les rêves s'affolent de Jean Elias et d'Anastassia Elias. 

Le texte sonne comme un poème

"Je rêve que je suis né
avec un chapeau
qui m'aurait permis
de changer de tête
Un chapeau oublié
dans le ventre de ma mère". 

Et les illustrations lui répondent, et vont parfois même au-delà du texte, au-delà du rêve de l'auteur. L'illustratrice trace elle aussi une histoire. A la croisée du texte. A la frontière ou à la suite parfois. La tête à chapeau des premiers vers devient carrousel sous son crayon, les plumes dans le ciel volent au-dessus des maisons comme si un oreiller percé les avait laissées dans les nuages, comme si le ciel débordait de partout.  Dans ce bel album, ce recueil plutôt, recueil de mots, de poésie, de traits, de dessins sobres et élégants, Jean Elias nous propose une douce promenade onirique, dans laquelle se mêlent images et imaginaires. Elle est croquée au crayon, au fusain par Anastassia Elias et peut-être lue et regardée par toute la famille. 
Plus tard je serai moi de Martin Page.  "Séléna changeait de coupe de cheveux chaque semaine. Elle cherchait celle qui lui irait, qui la caractériserait, qui dirait quelque chose de sa personnalité". Séléna  est une ado. Elle se cherche. Qui est-elle ? Qui elle sera, plus tard. Elle n'en a pas une idée précise. Ce qu'elle veut par contre, c'est "exprimer ce qu'elle [est] intérieurement". L'essentiel pour elle quand l'apparence ne fait que la servir, mine de rien, car elle ne veut pas admettre qu'elle passe tant de temps à s'occuper de son paraître. Une ado, donc. Fille unique à l'amie unique aussi, elle se veut discrète, un peu à part. Jusqu'au jour où ses parents, mettent un pied dans la porte de son devenir, enlève l'huile des rouages  en lui préconisant de devenir artiste. Et ils ne font pas semblant d'en faire la demande. Ils investissent dans du matériel, mettent l'ado en condition. Ne dit-on pas que pour être bon, l'artiste doit souffrir ? Manquer ? Ramer ? Amusée par le petit jeu de ses parents au départ, Sélena l'est beaucoup moins au fur et à mesure que la situation se corse. Scènes de l'absurde, situations inversées, fonction parentale mise à mal et utilisée à contre-pied, on ne rit pas toujours de bon coeur à la lecture de ce roman ou les parents mettent en souffrance leur enfant. Ou alors on rit jaune. Ou alors on ne rit pas. On jaune. Le style et l'écriture de Martin Page sont toujours aussi bons, qu'ils parlent aux enfants, aux ados, ou à leurs parents. Et quand il pointe ici la relation parent-enfant et tire à l'extrême sur la ficelle de la pression parentale, vous l'avez compris, à la lecture de ce roman, il y a comme un malaise qui pointe et toutes ces questions qui jaillissent dont la principal : qu'est-ce qu'être un bon parent ?


C'est toi qui choisis de Nick Sharratt et Pippa Goodhart. Une petite envie de finir cette chronique avec plus de légèreté et voici C'est toi qui choisis !  "Tu pourrais être l'ami d'un pirate, vivre dans un vaisseau spatial, voyager en pousse-pousse, manger du homard au petit déjeuner, porter une armure et un chapeau haut de forme, adopter un toucan..." Dans ce livre peu de texte mais des images, des images et des images. Sur chaque double page, l'enfant doit répondre à une question en imaginant ce qu'il voudrait être plus tard.  Quels amis ? Quel habitat ? Quel mode de transport ? Quelle alimentation ? Quels vêtements ? Quels animaux de compagnie ? Quel métier ? Chaque double page propose un très grand nombre de possibilités, réalistes, exotiques, parfois fantaisistes aussi. Cet ouvrage est un bon support pour discuter, s'amuser, partager rêves et envies, tout en leur permettant de jouer avec leur imagination et d'envisager de jolis lendemains. 



Les références 

* Quand on sera grands de Sandrine Beau et de Nicolas Gouny, Editions Les p'tits bérets, collection La tête sur l'oreiller,  2013 - 12,90 €
Les avis de Gabriel de La Mare aux  mots : Ici 
de La littérature Jeunesse de Judith et Sophie :  Ici
et d'A lire au Pays des Merveilles : Ici 


* Les rêves s'affolent de Jean Elias, illustrations d'Anastassia Elias, Editions Motus,  2013 - 10 €- à partir de  13 ans

* Plus tard je serai moi de  Martin Page, Editions du Rouergue, mars 2013 - 8,700 € - à partir de 13 ans.
Les avis de Méli-Mélo des livres : Ici 
et d'A lire au Pays des Merveilles : 

* C'est toi qui choisis de  Nick Sharrat et Pippa Goodhart, Editions Nathant,  2003 pour l'édition originale, mars 2013 pour celle-ci - 12,90 € - à partir de 3 ans.
Les avis de Gabriel de La Mare aux  mots :   Ici
et de Kik : Ici

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